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Institut d’Économie Rurale : un géant scientifique à l’agonie

  • 1 juil. 2025
  • 2 min de lecture
Dr Kalifa Traoré
Dr Kalifa Traoré

« Être chercheur, c’est une vocation, pas une simple affectation », lâche un agent en poste à Sotuba, déplorant l’état d’abandon de l’Institut d’Économie Rurale (IER). Jadis fleuron de la recherche agricole au Mali, l’institution semble aujourd’hui en pleine dérive.


Dès les premières gouttes de pluie, les herbes folles recouvrent les parcelles d’expérimentation du centre de recherche de Sotuba. L’œil averti y décèle un signe : celui d’une institution scientifique en perte de repères.


Lors de notre visite, le constat est sans appel. Installations vétustes, équipements abandonnés, bâtiments colonials délabrés. L’unité de recherche sur les bovins, par exemple, n’est plus qu’un parc délabré, témoin d’un temps où l’IER pesait sur les choix agricoles du pays.


Les témoignages recueillis sous anonymat dressent un tableau sombre : chercheurs absents ou peu investis, bureaux occupés par des personnels non spécialisés, cumul de fonctions illégal, rapport de recherche recyclé, et détournement des ressources. Plusieurs dénoncent une institution devenue un refuge administratif plus qu’un moteur de recherche.


La situation est d’autant plus alarmante qu’un rapport du Bureau du Vérificateur Général (BVG), consulté dans le cadre de cette enquête, confirme des irrégularités de gestion : non-reversement de recettes, loyers impayés, et manquements aux règles d’emploi des agents publics. Plus de 400 fonctionnaires y travailleraient sans détachement légal, en infraction avec la loi. Résultat : des charges salariales qui pèsent lourdement sur le budget déjà fragile de l’Institut.


L’IER, qui emploie officiellement 195 chercheurs et 555 agents d’appui, est pourtant doté d’un mandat stratégique. Depuis sa création en 1960, il est chargé de conduire la recherche agricole nationale : développement de semences, élevage, agroforesterie, machinisme, production halieutique.


Mais selon plusieurs sources, les contrats de recherche se font rares. Les universités et centres privés ont désormais pris le dessus. Le Syndicat de l’Enseignement Supérieur (SYNSUP) a tiré la sonnette d’alarme, sans réponse publique concrète de la direction. Nos multiples demandes d’entretien sont restées sans suite.


Face à ces dérives, le BVG a transmis son rapport à la justice et aux impôts pour suite à donner. La survie même de l’IER semble aujourd’hui suspendue à une décision politique forte : restructurer, responsabiliser, ou regarder sombrer ce patrimoine scientifique national.


Le rêve des pères fondateurs de faire de l’agriculture le moteur de l’économie malienne est plus que jamais menacé.


Oura KANTÉ

Malikunafoni

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