Dette intérieure : le Mali mise sur le paiement pour relancer son économie
- 15 déc. 2025
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Plus de 1 600 milliards de francs CFA payés en un an. Dans un contexte de raréfaction des financements extérieurs et de fortes contraintes sécuritaires, le Mali a fait un choix budgétaire assumé : apurer sa dette intérieure pour soutenir l’économie réelle et restaurer la confiance des acteurs nationaux.
Depuis octobre 2024, les autorités de la transition ont engagé un vaste programme de règlement des arriérés dus aux opérateurs économiques. Selon les chiffres communiqués début décembre 2025 par le ministre de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou, le stock de la dette intérieure est passé d’environ 600 milliards de francs CFA à moins de 440 milliards en un an. Dans le même temps, les paiements cumulés effectués par l’État avoisinent 1 654 milliards de francs CFA, un effort budgétaire significatif au regard des contraintes actuelles.
Une dette qui pèse sur l’économie réelle
Contrairement à la dette extérieure, souvent abstraite pour le citoyen, la dette intérieure touche directement les entreprises locales : fournisseurs de l’État, acteurs du BTP, établissements privés de santé et d’éducation, ou encore opérateurs impliqués dans les secteurs stratégiques, y compris la défense. Son accumulation prolongée fragilise les trésoreries, bloque l’accès au crédit bancaire et ralentit l’investissement.
À fin 2025, près de 342 milliards de francs CFA de cette dette concernent directement les opérateurs économiques, avec de nombreux mandats en souffrance depuis plus de 90 jours. Le programme spécial d’apurement prévoit en priorité le paiement des engagements de 2023 et 2024, ainsi que des règlements ciblés sur 2025 pour des projets jugés structurants : routes, hôpitaux, écoles et dépenses de souveraineté.
Un levier de liquidité et de confiance
Au-delà du désendettement, la stratégie a une portée macroéconomique. L’injection de plus de 300 milliards de francs CFA en quelques mois dans le circuit économique vise à soulager les entreprises, stimuler la demande et renforcer la capacité de financement du système bancaire.
Cette politique envoie également un signal aux banques et aux investisseurs. En honorant ses engagements, l’État cherche à restaurer la confiance, condition essentielle à la reprise du crédit et à l’attractivité économique. Les autorités rappellent d’ailleurs que, malgré les sanctions passées et les tensions diplomatiques, le Mali n’a jamais fait défaut sur le marché financier régional, préservant ainsi sa signature financière.
Une stratégie appelée à durer
L’apurement de la dette intérieure s’inscrit dans une dynamique plus large de réformes structurelles. Le nouveau Code minier de 2023, avec son accent sur le contenu local, vise à renforcer la mobilisation des ressources internes et à réduire progressivement la dépendance aux appuis budgétaires extérieurs.
Pour l’exercice 2025, les paiements liés à la dette intérieure atteignent déjà environ 1 302 milliards de francs CFA à fin novembre, selon le directeur national du Trésor et de la Comptabilité publique, Siaka Samaké. Les autorités affichent leur volonté de maintenir ce rythme, de raccourcir les délais de paiement et de soutenir durablement le secteur privé, considéré comme un pilier de la stabilité économique et sociale.
Un pari économique et politique
Cette option n’est pas sans risques. Elle exige une discipline budgétaire rigoureuse, une hiérarchisation stricte des dépenses et une capacité à absorber les chocs externes. Mais elle traduit aussi un choix politique clair : faire de la crédibilité financière et de la solidarité économique des instruments de souveraineté.
Dans un contexte où certains États choisissent de différer leurs paiements au détriment du secteur privé, le Mali prend le contre-pied. En s’attaquant à sa dette intérieure, il rappelle que la stabilité ne repose pas uniquement sur la sécurité, mais aussi sur la confiance économique. Un pari audacieux, dont les effets seront scrutés bien au-delà des frontières nationales.
Oura KANTE
Malikunafoni




































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