Centrafrique : les élections locales reportées une nouvelle fois, vers un scrutin généralisé en décembre
- 14 juil. 2025
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En République centrafricaine, le processus électoral connaît un nouveau rebondissement. Les élections locales, initialement prévues pour le 31 août 2025, ont été une fois de plus repoussées. Elles seront désormais organisées en même temps que les scrutins présidentiel et législatifs attendus en décembre. L’annonce a été faite par le Premier ministre Félix Moloua, le vendredi 11 juillet, lors d’une réunion avec les partenaires du processus électoral.
Ce report, officiellement justifié par des retards dans la logistique, la mobilisation des financements et la préparation technique, vient allonger une attente déjà très longue. Le pays n’a en effet plus tenu d’élections locales depuis plus de quatre décennies. Une situation exceptionnelle qui affaiblit durablement la gouvernance territoriale et entretient une distance entre les citoyens et les institutions de proximité.
Un processus sous tension
Selon le chef du gouvernement, la décision de coupler tous les scrutins en décembre vise à « rationaliser » les ressources disponibles et à maximiser les efforts sécuritaires et logistiques. « La convocation du corps électoral pour les législatives n’a pas pu se faire comme prévu. Il est donc plus pertinent de tenir tous les scrutins à la même date », a expliqué Félix Moloua, en soulignant les difficultés rencontrées par l’Autorité nationale des élections (ANE), chargée d’organiser les opérations électorales.
Mais cette nouvelle révision du calendrier suscite de nombreuses critiques. L’opposition, regroupée au sein du Bloc Républicain pour la Défense de la Constitution (BRDC), dénonce l’inefficacité de l’ANE et conteste sa capacité à garantir un processus impartial. Pour Martin Ziguélé, figure majeure de l’opposition, une réforme de fond de l’institution électorale s’impose avant toute échéance. Il appelle à un dialogue politique national pour corriger les déséquilibres du processus en cours.
L’absence d’élections locales, un frein à la décentralisation
L’absence prolongée de scrutins municipaux prive de nombreuses localités d’une représentation élue, dans un pays où l’État peine à assurer sa présence effective en dehors de la capitale Bangui et de quelques grandes agglomérations. Les élections locales sont pourtant considérées comme essentielles pour permettre aux populations de participer à la gestion de leur territoire, en particulier dans les zones éloignées ou marginalisées.
Cette carence électorale durable renforce la centralisation des pouvoirs et limite les mécanismes d’expression citoyenne, dans un contexte où les tensions communautaires et les frustrations politiques restent vives.
Un climat sécuritaire toujours préoccupant
Au-delà des enjeux institutionnels, le contexte sécuritaire demeure un obstacle majeur à l’organisation d’élections crédibles. De vastes portions du territoire sont encore sous l’influence de groupes armés, rendant incertaine la sécurisation des opérations de vote. La circulation du matériel électoral, l’acheminement des agents et l’installation des bureaux de vote constituent des défis logistiques considérables.
Dans ces conditions, plusieurs observateurs s’interrogent sur la faisabilité d’un couplage électoral de cette ampleur en fin d’année. Si certains y voient une opportunité de concentrer les efforts pour limiter les coûts et les risques, d’autres craignent au contraire un engorgement du système, susceptible de compromettre la transparence et la crédibilité des résultats.
Une défiance politique persistante
Ce nouveau report, sans réelle concertation nationale, alimente le malaise politique dans une société où la confiance envers les institutions est déjà fragile. L’opposition déplore l’absence de dialogue inclusif et la gestion solitaire du processus par l’exécutif. Les critiques se multiplient également au sein de la société civile, qui dénonce un manque de transparence et de vision à long terme.
À cinq mois d’échéances majeures, la République centrafricaine entre dans une phase délicate. Le succès du scrutin de décembre dépendra non seulement de la capacité logistique et sécuritaire du pays, mais aussi de la volonté politique de garantir un processus équitable, ouvert et respectueux des aspirations démocratiques de l’ensemble de la population.
Oura KANTÉ
Malikunafoni




































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