Camp Soundiata de Kati, Des blindés des forces étrangères créent la panique




C’était chaud à l’entrée du Camp Soundiata de Kati, mercredi soir. Et pour cause, deux véhicules blindés de certaines forces étrangères au Mali avaient pris position dans une station-service à l’entrée de la ville. Il se trouve que ce point de vente est situé à l’entrée de l’une des principales bases militaires au Mali et qui abrite en ce moment le domicile du président de la Transition, colonel Assimi Goïta. Les informations recueillies auprès des occupants desdits blindés par nos hommes dépêchés par le commandement rapportent que l’un des deux véhicules était en panne, sans être précis sur sa nature. Mais, eu égard à la position stratégique de l’aire de stationnement, et surtout des véhicules militaires qui ont tout l’air d’être des engins de renseignements, les militaires maliens leur ont demandé de remorquer le véhicule en panne pour libérer l’endroit, qui n’est pas une place pour ces engins. Pour ce faire, ils ont proposé leur service pour les aider à remorquer le véhicule, qu’ils ont refusé. Du coup, le ton monta et nos militaires leur ont exigé d’évacuer les lieux aussi vite que possible. Ce qui n’était qu’une simple explication dans le respect mutuel se transforma peu à peu en dispute, au ton musclé. Petit à petit, l’information fit le tour de la ville, avant de se propager sur la toile, avec l’entrée en scène des « vidéomans » qui diffusaient les images des dénonciations en direct sur Facebook et sur d’autres applications mobiles, donnant une portée mondiale à l’incident.

Mais, qu’est-ce que ces deux véhicules faisaient à la station ? Pour en savoir davantage, nous avons approché un spécialiste des renseignements militaires, qui a accepté de témoigner sous le couvert de l’anonymat. Selon lui, ces genres de véhicules comportent généralement des équipements ultrasophistiqués de collecte d’informations et de renseignements. Ce sont des appareils capables d’enregistrer des sons qu’on appelle « ultra-sons », c'est-à-dire, isoler le son pour enregistrer celui dont on a besoin. Ils peuvent aussi brouiller les communications. Donc, voir ces genres de véhicules à proximité d’une caserne militaire, notamment celle qui abrite un chef de l’Etat, paraît dès lors suspect. Les militaires étaient en droit de s’en méfier. Selon notre interlocuteur, les militaires maliens ont réagi largement en retard. Car, du matin au soir, Dieu seul sait combien de sons ils ont enregistrés. Et quel usage ils feront des renseignements collectés. Il convient, selon lui, de prendre toutes les dispositions pour revoir les protocoles de beaucoup d’activités militaires au Camp Soundiata pour éviter des surprises désagréables, a-t-il insisté, avant d’indexer la liberté de mouvement accordée aux forces françaises et étrangères en territoire malien dans l’accord de défense que le Mali a signé avec la France, notamment en son article 5, qui stipule: «… Pour les activités liées à l’exécution du présent accord, le personnel du détachement français circule sans restriction sur le territoire de la République du Mali, y compris son espace aérien, en utilisant les moyens de transport dont il dispose et sans qu’il ait à solliciter un accompagnement par les forces de la partie malienne. A ce titre, le détachement français est autorisé à utiliser les voies ferrées, routes, ponts, transbordeurs, aéroports et ports en exemption de redevances, péages, taxes ou droits similaires… ». En attendant de relire l’accord et le débarrasser des dispositions du genre, il appartient aux autorités militaires d’accroitre leur capacité de vigilance, afin d’anticiper sur certains comportements et préserver le pays des surprises désagréables.

M. A. Diakité

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