Budapest ne peut pas accepter les nouvelles sanctions européennes en l'état, dit Orban


La Hongrie ne peut pas accepter en l'état le nouveau train de sanctions européennes contre la Russie proposé mercredi par la Commission européenne (CE), qui prévoit la mise en place progressive d'un embargo sur le pétrole russe, a prévenu vendredi le Premier ministre hongrois Viktor Orban.

Dans sa forme actuelle, la proposition établie par l'exécutif européen reviendrait à larguer une "bombe atomique" sur l'économie hongroise, a-t-il souligné lors d'un entretien accordé à la radio publique hongroise.

Il a cependant ajouté que la Hongrie était prête à négocier une proposition qui préserverait ses intérêts.

Selon Viktor Orban, la Hongrie aurait besoin d'un délai de cinq ans et de lourds investissements dans ses raffineries et ses oléoducs pour être en mesure de transformer son système énergétique, qui dépend aujourd'hui à 65% du pétrole russe.

"Nous savons exactement ce dont nous avons besoin, tout d'abord nous avons besoin de cinq ans pour achever la totalité du processus (...) Un an ou un an et demi, ce n'est pas suffisant pour quoi que ce soit", a observé Viktor Orban.

Soulignant que d'importants investissements seraient également indispensables dans les raffineries et les transports pétroliers hongrois pour permettre l'importation de pétrole en provenance d'autre pays que la Russie, il a mis en doute la pertinence de procéder à des investissements d'une telle ampleur pour un résultat attendu dans quatre à cinq ans, alors que la guerre en Ukraine se déroule en ce moment.

Viktor Orban a précisé qu'il attendait que la CE soumette une nouvelle proposition.

"Je ne veux pas défier l'Union européenne mais coopérer (...) cependant cela ne sera possible que s'ils tiennent compte de nos intérêts."

Viktor Orban a par ailleurs souligné que la Hongrie s'opposerait à l'inscription sur la "liste noire" européenne des personnalités et entités soumises à des gels d'avoirs du patriarche de l'Eglise orthodoxe russe Cyrille, fidèle soutien de Vladimir Poutine, en estimant qu'il s'agissait d'une "question de liberté religieuse".

Le Premier ministre hongrois a réaffirmé sa volonté de ne pas envoyer des armes à l'Ukraine, avec laquelle l'est de la Hongrie partage une frontière d'une centaine de kilomètres, jugeant que de telles livraisons pourraient être la cible d'attaques russes mettant en danger des habitants de l'ouest de l'Ukraine d'origine hongroise.

La Commission européenne a proposé mercredi un nouvel ensemble de sanctions contre la Russie, d'une ampleur inédite depuis le début de l'offensive russe en Ukraine.

Plusieurs pays du bloc particulièrement dépendants des importations d'hydrocarbures russes s'inquiètent cependant de l'impact d'un embargo sur le pétrole et jugent qu'ils ne disposent pas de suffisamment de temps pour s'adapter, même si, selon des diplomates européens, la Hongrie et la Slovaquie disposeront d'un délai prolongé jusqu'à fin 2023.

Source : Challenges par Reuters